EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON
Lucie Aubrac : « Non au nazisme ! »
Le nazisme n’est plus à l’oeuvre dans aucun État au monde, mais ses émules sont encore nombreux. (…) Pourquoi en sommes-nous encore là, plus de soixante ans après la Seconde Guerre mondiale ? Ce n’est pourtant pas faute d’avoir tenté de les chercher, de les avoir chassés et d’en avoir jugé un certain nombre. (…)
L’effort de justice des Alliés a été relativement efficace après la guerre. Mais la guerre froide freine tout. “La guerre froide a été le meilleur allié des criminels nazis, explique Serge Klarsfeld, grand chasseur de nazis établi en France. Du côté occidental on ne voulait pas mécontenter les Allemands de l’Ouest, en première ligne face au bloc soviétique. Pour ces raisons d’ordre géopolitique, les nazis ont eu une dizaine d’années de tranquillité, jusqu’à la fin des années 1950.”
Ce sont donc des chasseurs de nazis “indépendants” qui ont pris le taureau par les cornes. (…) Nous sommes à Nice, le 30 septembre 1943. Les Allemands arrivent chez les Klarsfeld. Serge se souvient : “Mon père nous a dit : « C’est la rafle. » On s’est mis dans la cachette et il est sorti.” Depuis que les Allemands occupent le sud-est de la France, les parents Klarsfeld ont pris leurs précautions : un placard à double-fond permet à Serge, à sa soeur et à sa mère de se cacher. Ils voient partir le père. Il ne reviendra pas d’Auschwitz.
Des années plus tard, lors d’un voyage dans le camp, Serge sent soudain poindre chez lui “une responsabilité à l’égard de ceux qui sont morts”. Dès lors, une nouvelle vie de chasseur de nazis commence pour lui et sa femme Beate. Ils ne cesseront d’oeuvrer pour la vérité, la mémoire, la justice. (…)
Au milieu des années 1970, Beate et Serge Klarsfeld découvrent Klaus Barbie, alors caché en Bolivie. Celui qu’on appelait “le boucher de Lyon” est transporté en France et jugé par la cour d’assises du Rhône, en 1987, dans la ville même où il a sévi. Il sera condamné à la prison à vie pour crime contre l’humanité. Accusé de tortures, d’exécutions et de déportations, l’ancien chef de la Gestapo, exécuteur de Jean Moulin, aura échappé aux autorités françaises pendant plusieurs décennies. Il mourra à Lyon en 1991. (…)
Lors de la découverte de Klaus Barbie, en Bolivie, Lucie et Raymond Aubrac sont en Italie.
Partis travailler là-bas, ils comprennent qu’ils doivent s’engager à nouveau, pour témoigner cette fois. (…) Les époux Aubrac témoignent. Lucie parcourt des milliers de kilomètres à travers la France et raconte l’Occupation et la Résistance aux collégiens et lycéens. Mais pour elle, le combat ne se limite pas à la seule période de 1939-1945. “La Résistance est un fait constant, une réaction intellectuelle et affective aux entraves à la liberté humaine”, explique-t-elle alors dans le cadre du Centre de documentation pédagogique. Engagée dans ce devoir de mémoire, elle publiera elle-même de nombreux livres et rédigera la préface de plusieurs autres ayant trait à la Résistance. Lucie Aubrac décédera en mars 2007 à Paris.