EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON
Hubert Beuve-Méry : « Non à la désinformation »
Commençons par trois de ces dérapages qui
écornent l’image de la presse, pris au fil de ces
vingt dernières années. En décembre 1989,
alors que le régime communiste vit ses derniers
jours en Roumanie (Europe de l’Est), un
journaliste affirme que l’on vient de découvrir
une incroyable quantité de cadavres dans la
petite ville de Timisoara. L’émotion, instantanée,
est immense d’un bout à l’autre de la planète.
Une onde de choc. Toutes les rédactions
de toutes les télévisions du monde entier
tombent dans le piège, de crainte de voir les
téléspectateurs zapper sur une autre chaîne
pour voir l’horreur en direct. Tout cela pour
s’apercevoir finalement que cette information
était complètement “bidon” : nulle trace de
charnier dans cette ville.
Les journalistes se sont fait berner parce qu’ils
avaient besoin d’un événement en mesure de
donner à la révolution en cours en Roumanie
l’accent tragique qui lui manquait…
Plus près de nous, en France, plusieurs faits
divers ont montré à quel point la machine
médiatique, internet compris, pouvait s’emballer
à la façon d’un cheval fou à l’heure de
relayer un drame. Un seul exemple pour s’en
convaincre, celui de cette jeune fille venue
frapper à la porte d’un commissariat, hagarde,
un jour du mois de juillet 2004. Elle a été agressée
dans une rame du RER D, en banlieue parisienne,
dit-elle. Elle a été insultée et molestée
par des “jeunes de banlieue” qui ont dessiné
des croix gammées sur son corps. Les médias
s’emparent aussitôt de cette martyre de la violence
antisémite pour en faire l’ouverture du
journal de 20 heures à la télévision et la une
des quotidiens du lendemain matin. Sans
vérifier, sans recouper, sans se poser de
questions sur l’authenticité des dires de cette
victime dont on ne tarde pas à découvrir,
mais un peu tard, qu’elle a tout inventé…