EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON
Général de Bollardière : « Non à la torture ! »
De 1954 à 1962 en Algérie, des dizaines, voire des centaines de personnes passent chaque jour par des centres spéciaux, sans que l’on puisse disposer d’une estimation plus précise, très peu de victimes ayant déposé plainte contre leurs bourreaux ou témoigné.
Certaines affaires connaîtront cependant un fort retentissement et alerteront l’opinion publique. Le 21 juin 1957, un jeune assistant de mathématiques à l’université d’Alger, Maurice Audin, est arrêté. Communiste, il est soupçonné d’aider le FLN. On perd ensuite sa trace, l’armée prétendant qu’il s’est échappé. L’un de ses amis, Henri Alleg, témoignera l’avoir croisé dans l’immeuble du quartier d’El-Biar où il est conduit le 12 juin 1957 et retenu un mois entier avant de voir un juge.
Son livre, La Question, qui décrit les tortures qu’il a subies, est publié le 12 février 1958, puis censuré. Il se termine par ces mots : “Il faut que [les Français] sachent pourtant ce qui se fait ici EN LEUR NOM.” Et effectivement les Français sont au courant. Assez peu cependant, car les journaux qui parlent des tortures ne sont pas les plus lus et les protestations sont surtout le fait des intellectuels.
Peu de militaires ou de responsables politiques auront le courage de démissionner, comme Paul Teitgen, secrétaire général de la police d’Alger. Certains soldats déserteront, parfois au péril de leur vie.(…)
Le 5 septembre 1960, le Manifeste des 121 revendique le “droit à l’insoumission” : parmi les signataires, les plus grands écrivains de l’époque, dont Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir. Le 19 mars 1962, les accords d’Évian signent la fin du conflit et entérinent le silence : tous les faits commis pendant cette période sont amnistiés.
Le 10 juin 1999, une loi est votée au Parlement, requalifiant les “événements” en “guerre d’Algérie”. Douze personnalités, dont Simone de Bollardière (Jacques est mort en 1986), Henri Alleg et Josette Audin (l’épouse de Maurice Audin), demandent à l’État de condamner la torture entreprise au nom de la France. Cet appel est resté lettre morte à ce jour.(…)
Certains “spécialistes” français de la torture pendant la guerre d’Algérie auraient conseillé, dans les années 1960 et 1970, les services spéciaux des dictatures d’Amérique latine : Argentine, Chili ou encore Uruguay.
Ces pays ont en effet mis en place à l’époque un système efficace de coopération répressive appelé “opération Condor”, fondé sur des “escadrons de la mort” qui enlevaient, torturaient puis éliminaient les principaux opposants au pouvoir. Pendant cette période, on dénombrerait dans cette région surnommée le “Cône sud” 50 000 assassinés, 35 000 disparus et 400 000 prisonniers.
Non à la torture aujourd’hui
Amnesty International a fait du combat contre la torture l’une de ses priorités. Dans son rapport annuel de 2008, l’ONG souligne qu’il existe encore au moins 81 pays où des personnes subissent des actes de torture et d’autres mauvais traitements. Ces exactions ne sont pas uniquement le fait de régimes autoritaires comme la Chine ou l’Arabie saoudite : de grandes démocraties utilisent le prétexte de la lutte contre le terrorisme pour laisser faire les soldats dans les guerres où elles sont engagées, voire instaurent de véritables zones de non droit, où les conditions de détention les plus opaques sont maintenues.
(…) Le camp de Guantánamo détient depuis 2001 des centaines de “combattants illégaux” suspectés d’appartenir à l’organisation terroriste Al-Qaïda. Détenus dans des conditions inhumaines (privation de lumière, de contacts humains, etc.), certains prisonniers ne savent toujours pas quand ils vont être jugés. (…). Par des pétitions, des manifestations (dont celles de janvier 2008, qui ont eu lieu dans 30 pays), Amnesty International appellait à la fermeture de ce centre. Cette mobilisation a porté ses fruits, puisque la Cour suprême des Etats-Unis a donné aux prisonniers, en juin 2008, le droit de contester leurs conditions de détention et que la première décision du président Barack Obama, dès son investiture en janvier 2009, a été de fermer Guantánamo.