EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON
Olympe de Gouges : « Non à la discrimination des femmes »
La discrimination des sexes est aujourd’hui en recul, mais elle reste à l’oeuvre dans de nombreux pays.( …) Le Royaume-Uni fut le huitième pays à avoir donné le droit de vote aux femmes. Le premier fut la Nouvelle-Zélande (1893). Ce fut ensuite au tour de l’Australie (1902) et de la Finlande (1906). Les États-Unis, sur le plan fédéral, l’adoptent en 1919. En France, les femmes n’eurent ce droit qu’en 1944, à la fin de la Seconde Guerre mondiale.
L’histoire des droits des femmes est donc toute récente en France : il faut attendre 1946 pour qu’il y ait une inscription constitutionnelle de l’égalité entre les sexes, et le droit de vote et d’éligibilité. Les avancées dans les droits des femmes sont très lentes. C’est en 1965 que la femme mariée obtient une capacité juridique en France ; elle peut enfin exercer une activité professionnelle sans l’autorisation de son mari. En 1970, la notion de chef de famille disparaît.
Figures du combat des femmes
Initié par Olympe de Gouges, le combat des femmes à travers le monde sera marqué par des figures éminentes. En France, l’une des pionnières sera Simone de Beauvoir. En 1949, elle publie Le Deuxième Sexe ; l’ouvrage provoque une prise de conscience qui mettra du temps avant d’être suivie d’effets, malgré l’action des mouvements féministes. Mais les conquêtes restent fragiles. Plusieurs textes de loi récents ont tenté de favoriser la place des femmes dans la vie politique, contraignant les partis à une véritable parité hommes/femmes. Aujourd’hui encore, cette parité (la loi sur la représentation politique des femmes) est loin d’être appliquée en France. Malgré la loi, à l’Assemblée nationale, sur les 577 députés, on ne compte que 107 femmes, soit 18,54 % des sièges. On est loin des 50 % exigés par la législation ! Les chiffres sont tout aussi consternants dans le monde du travail; ceux des salaires sont révélateurs : 80 % des Français qui gagnent moins que le Smic sont des femmes. Il existe bien sûr des avancées réelles. Les femmes constituent maintenant une grande part de la population active, mais ce progrès ne doit pas dissimuler les inégalités flagrantes qui persistent dans les entreprises. (…)
La violence envers la femme est malheureusement un fait universel qui reste un défi pour toutes les sociétés. Partout les droits récemment acquis et les conquêtes sont encore remis en cause. En effet, dans de nombreux pays, les droits élémentaires – droits politiques, droits de s’éduquer, d’aller à l’école, droit à la santé, de disposer de son corps – sont bafoués. (…)
Mais la lutte porte ses fruits. Sampat Pal Devi est l’une de ces femmes au combat exemplaire. (…)Issue d’une famille de paysans de la basse caste des gadarias (les gardiens des troupeaux), elle s’est rebellée contre les hommes qui, dans sa région très pauvre de l’Uttar Pradesh, en Inde, battent les femmes, les épousent à douze ans et les écrasent.
Dans ce pays où l’administration est toute-puissante, elle organise la rébellion pour le respect et a été rejointe depuis par plus de 3 000 femmes.(…) En 2005, elle forme le Gulabi Gang, ou “Gang des saris roses”, un groupe de femmes qui organise des opérations coup-de-poing, là où la police et le gouvernement de l’Uttar Pradesh refusent d’intervenir. Armées de bâtons de bambou, elles rétablissent la justice. Fonctionnaires, policiers corrompus, brahmanes qui abusent de leur statut, maris violents : tous cèdent devant Sampat Pal et son gang. (…) Le Gang des saris roses compte aujourd’hui près de 60 000 femmes dans ses rangs, selon les dires de son chef, et les paysans déshérités les rejoignent.
Le changement des mentalités est en cours : le prix Nobel de médecine a été attribué cette année à une Française, Françoise Barré-Sinoussi. Les représentations symboliques ou réelles sont donc en pleine mutation.