EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON
Gandhi: « Non à la violence »
De nombreux hommes ont mis leurs pas dans les traces de Gandhi. Le plus charismatique,aux États-Unis, est le révérend Martin Luther King Jr. (prix Nobel de la paix en 1964), assassiné en 1968. Pasteur baptiste afro-américain, militant non-violent pour les droits civiques des Noirs, pour la paix et contre la pauvreté, il organise et dirige des actions comme le boycott des bus de Montgomery pour défendre la déségrégation, le droit de vote et l’emploi des minorités… Pour celui qui rêvait d’une égalité des droits des Noirs et des Blancs, peut-être que le début de son rêve – “I have a dream”– pourrait être l’élection de Barack Obama – premier président noir américain, descendant, comme lui, d’un Africain… Et comme Martin nous l’a transmis : “La haine ne peut chasser la haine : seul l’amour peut faire cela.” En s’inspirant de la non-violence, sur tous lescontinents, on lutte.
En Europe, Lanza del Vasto, aristocrate italien, philosophe, poète, s’engage contre l’injustice, devient l’ami de Gandhi. Il fonde en France, en 1948, la communauté de l’Arche, intense foyer de nonviolence dans l’amour et l’action écologique.
Au Kosovo, l’homme qui portait comme un talisman son foulard rouge et noir, couleurs de l’Albanie, Ibrahim Rugova, écrivain, enseignant de littérature et ancien membre du parti communiste, devient président de son pays en 2002, aux premières élections organisées par l’ONU dans la province. Réélu en 2004, il échappe en 2005 à un attentat à la bombe. Il personnifie la lutte des albanophones pour leur indépendance vis-à-vis de la Serbie et gagne le surnom de “Gandhi des Balkans” pour son choix de la non-violence pendant la répression sous le régime Milosevic qui avait instauré un véritable apartheid anti-Albanais.
En Afrique du Sud, deux figures de proue : Nelson Mandela (prix Nobel de la paix 1995) incarne la résistance par la non-violence, à la fois par son intégrité de résistant politique et par sa conduite généreuse à l’égard de ses ennemis. Pour désobéir aux lois injustes de l’apartheid, il se tourne vers Gandhi, qu’il inscrit au coeur de la tradition noire sud-africaine. Après vingt-sept ans et six mois de détention, il demeure un homme de foi et de conviction : “… En faisant scintiller notre lumière, nous offrons aux autres la possibilité d’en faire autant”, nous dit-il. Et Desmond Tutu (prix Nobel de la paix 1984), homme d’Église, prend, dans les années 1980, la tête du combat pour la justice et la réconciliation générale de son peuple. (…) Après la fin de l’apartheid, il devient président de la Commission de la vérité et de la réconciliation créée par le président Nelson Mandela.
En Amérique du Sud, Adolfo Pérez Esquivel (prix Nobel de la paix 1980), artiste argentin, se voue au mouvement non-violent pour la justice et la paix, le Servicio Paz y Justicia (SERPAJ), une fédération de militants non-violents qui dénonce les atrocités commises par la dictature du régime argentin. Elle défend les droits fondamentaux des paysans, des ouvriers et de leurs familles. Cet engagement vaudra à Adolfo Pérez Esquivel d’être emprisonné et torturé pendant quatorze mois, sans procès et sans chef d’accusation, mais n’entamera pas sa lutte de résolution des conflits par une action non-violente. (…)
Tous les jours, au coin de la rue… Chaque vendredi, à Bil’in en Palestine, des centaines de personnes marchent… Elles marchent contre le mur israélien qui annexe 60 % de leurs terres, les sépare de leurs oliviers, de leurs familles. Il fait 850 kilomètres de long, entoure et emprisonne les villages alentour. Après deux heures debout près du mur, les villageois s’assoient sur le chemin. Ils sont face à l’armée israélienne qui garde le mur. Leur village est à 15 kilomètres de Ramallah et résiste ainsi depuis trois ans contre le muret ce qu’il représente. On les appelle les “Gandhi palestiniens”. (…)
Sans bruit, et souvent sans aucune médiatisation, dans tous les pays, de nombreux hommes et femmes se battent au quotidien pour conquérir leur liberté, leur dignité, leurs droits, en étant non-violents. Il suffit d’être attentif à ce qui se passe autour de nous, souvent dans notre quartier, au coin de la rue, ou un peu plus loin…