EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON

Emma Goldmann : « Non à la soumission »

Emma Goldman était donc une anarchiste. Elle s’inscrivait dans un courant ayant pris ses racines longtemps avant sa naissance, et poursuivi bien après sa mort. Le mot “anarchisme” définit un mouvement dont les origines remontent au XVIe siècle : la première révolte des paysans allemands concomitante à la Réforme de Luther. “Anarchisme” vient du terme “anarchie”, en grec an-arkhê : absence de commandement ou d’autorité. Les anarchistes refusent la soumission sous toutes ses formes. Ils restent encore les plus fervents pourfendeurs des totalitarismes de droite comme de gauche. On ne peut qu’être frappé par l’évidence de leurs luttes contre tout ce qui menace l’homme contemporain dans les domaines économiques et politiques. Ce qu’ils nomment l’“esclavage futur” : la déshumanisation du travail, la dégradation de la langue et de la culture, l’oppression de l’individu soumis à un régime dictatorial. Le mouvement est planétaire.

De 1930 à 1950 : avec l’explosion du fascisme qui conduit à la Seconde Guerre mondiale, l’Holocauste et les purges staliniennes, les camps de concentration n’ont jamais été aussi nombreux. Dans ces chambres de la mort, l’on conduisait des hommes, des femmes, des enfants qui n’avaient commis pour seule faute que celle de porter un nom imprononçable et indésirable ou d’appartenir à une “race” rejetée par les dictateurs, ou encore de penser et d’agir de manière souvent juste, mais peu appréciée par les tyrans en place. Toutes les valeurs de justice, de décence, d’honneur, de liberté et d’égalité ont été foulées aux pieds en Europe, dans un temps qui imprègne encore très fortement notre présent. Aujourd’hui, l’islamisme intégriste perdure, renouvelle à la puissance maximale des méthodes terroristes que nul ne peut accepter. Et ce ne sont que quelques exemples…

C’est dire l’utilité de l’“utopie libertaire” qui est la source première et la pensée profonde et actuelle de l’anarchisme. Que ce soient l’internationalisme rigoureux de ces utopistes anarchistes, leur antimilitarisme, leur expérience d’autogestion ouvrière, leur lutte pour l’émancipation des femmes, leurs vives préoccupations écologiques : leurs aspirations sont inéluctables en cette première décade du XXIe siècle.