EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON

Jean Jaurès : « Non à la guerre »

En 1905, Jaurès écrit un article prémonitoire dans le journal L’Humanité qu’il a créé pour diffuser ses idées : “D’une guerre européenne peut jaillir la révolution, et les classes dirigeantes feront bien d’y songer”. Pour conjurer le malheur, Jaurès préconise d’employer tous les moyens à disposition des travailleurs : les manifestations de rue, la grève générale et même l’insurrection. Il résume sa position en une formule : “Guerre à la guerre”. (…) Le 30 juillet 1914, alors que les armées se mobilisent, Jean Jaurès écrit : “Si, malgré tout, l’orage éclate, il sera si effroyable qu’après un accès de fureur, de douleur, les hommes auront le sentiment qu’ils ne peuvent échapper à la destruction totale qu’en assurant la vie des peuples sur des bases nouvelles, sur la démocratie, la justice, la concorde et l’arbitrage”. Le lendemain, Jean Jaurès dîne au Café du Croissant, à Paris. Le rideau qui le sépare de la rue se soulève. On tire par deux fois. Jean Jaurès meurt sur le coup.

La personnalité historique qui personnifie le pacifisme reste le Mahatma Gandhi, l’artisan de la libération de l’Inde pays longtemps colonisé par la Grande-Bretagne. En 1919, le massacre de centaines d’Indiens par les troupes britanniques, dans la province du Penjab, donne lieu à des émeutes. Pour ouvrir le chemin de l’Indépendance, Gandhi demande aux Indiens de refuser toute collaboration avec l’administration coloniale : boycott des écoles, de toutes les institutions, démission de toutes les organisations, renvoi de tous les titres honorifiques... Quand éclate la Seconde guerre mondiale, Gandhi déclare qu’on ne peut lutter pour la démocratie, en étant victime de la privation de liberté. Gandhi ne vivra que quelques mois dans un pays devenu souverain. Il est assassiné le 30 janvier 1948 par un extrémiste hindou. L’une des phrases qu’il aimait prononcer résume bien sa pensée : « Il y a beaucoup de causes pour lesquelles je suis prêt à mourir, mais aucune cause pour laquelle je suis prêt à tuer. » (…)

En Afrique du Sud, Nelson Mandela commence à lutter contre le régime d’apartheid en suivant les préceptes non-violents de Gandhi, mais le massacre de Sharpeville, en 1960, où plusieurs dizaines de Noirs pacifistes sont tués par la police, lui fait choisir la lutte armée. En 1962, il est condamné à la prison où il passera 27 années. En 1988, les plus grands noms de la chanson organisent un concert à Wembley pour exiger sa libération. 600 millions de téléspectateurs seront au rendez-vous fixé par Éric Clapton, Simple Minds, Dire Straits et Tracy Chapman. Après sa libération, Nelson Mandela sera élu président de l’Afrique du Sud, en avril 1994. (…)

Aujourd’hui, le combat pacifique est incarné par deux grandes figures : le Dalaï Lama, chef d’État et chef religieux du Tibet, et Aung San Suu Kyi, principale opposante à la dictature militaire de Birmanie. Après l’invasion du Tibet par l’armée chinoise, en 1950, le Dalaï Lama est contraint à l’exil. Depuis plus de quarante années, il n’a pas varié dans ses moyens d’action pour obtenir la reconnaissance des droits de son peuple : “non-violence, démocratie, dialogue, compromis, respect des préoccupations sincères des autres et de l’environnement commun”. Aung San Suu Kyi est la fille du général qui a imposé l’indépendance de la Birmanie à l’Angleterre, en 1947. Influencée par Gandhi, elle s’engage dans la lutte politique pour combattre la dictature militaire. Son parti, la Ligue Nationale pour la Démocratie, remporte les élections de 1990, mais elles sont aussitôt annulées. Aung San Suu Kyi est placée en résidence surveillée. Depuis maintenant près de vingt années, elle continue de soutenir les mouvements qui tentent, pacifiquement, de libérer la Birmanie du joug de la dictature. (…)