EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON
Louise Michel : « Non à l'exploitation »
En France, le premier vrai mouvement ouvrier de masse se déroule à Lyon, en 1831 : c’est la révolte des canuts, les ouvriers qui tissent la soie. Cette révolte a pour origine principale
la baisse constante des salaires dans l’industrie de la soie, provoquée par une concurrence étrangère croissante. Un canut, qui gagnait 4 à 6 francs par jour sous le Premier Empire, ne gagne plus que 18 à 25 sous en 1831, pour 15 heures de travail par jour.
Une commission de patrons et d’ouvriers, avec la médiation d’un préfet, signe un accord instituant un salaire minimal. Mais des patrons refusent de l’appliquer. Le 21 novembre, les canuts se rassemblent dans le quartier de la Croix-Rousse. Ils se rendent maîtres de la ville. Le gouvernement de Casimir Périer décide de rétablir l’ordre en envoyant une armée de 20 000 hommes. Le 5 décembre, la révolte des canuts est terminée. Ils n’ont rien obtenu mais la répression a fait quelque 600 victimes.
La révolution industrielle gagne la France. Quelques hommes, écrivains, politiques, intellectuels, se penchent sur la condition de la classe ouvrière. En 1848, Louis Blanc propose la création des ateliers sociaux, ou coopératives de production ouvrière. Plusieurs de ces ateliers voient le jour à Paris et dans plusieurs villes, à l’initiative du gouvernement provisoire issu de la révolution qui a chassé le roi Louis-Philippe. Destinés à embaucher des chômeurs et financés par l’État, ils sont en fait peu efficaces et coûteux. Après cet échec, l’Assemblée ordonne leur fermeture, ce qui provoquera les journées insurrectionnelles de juin 1848.
Cette même année paraît à Londres un livre écrit par un philosophe et économiste allemand, Karl Marx (1818-1883) et son ami Friedrich Engels (1820-1895). C’est le Manifeste du parti communiste : un appel au refus de se soumettre aux règles de ceux qui exploitent le travail par le capital. Marx et Engels appellent au combat contre les inégalités de classe en proclamant en guise de conclusion : “Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !” Marx jouera un rôle essentiel dans le mouvement ouvrier international. Il est à son époque l’un des dirigeants et penseurs de référence de l’Internationale des travailleurs, appelée aussi Première Internationale, fondée à Londres en 1864.Sa doctrine, le marxisme, a eu un immense impact sur l’histoire. Au milieu du XXe siècle, plus d’un tiers de l’humanité (Union soviétique, Chine, Cuba…) était marxiste. (…)
Beaucoup plus près de nous, au début des années 1970, les grèves ouvrières se multiplient en France. En 1973, à Besançon (Doubs), les salariés des usines Lip sont menacés de perdre leur emploi du fait de la vente de leur entreprise. Un chef d’atelier, secrétaire de la section syndicale d’entreprise CFDT, Charles Piaget, prend la tête de la lutte. Les “Lip”, comme on les surnomme, prennent en main la production et la vente des montres. Ils réfléchissent également à des méthodes pour travailler autrement, pour ne plus être tributaire des cadences, par exemple. Le personnel apprend la démocratie et la solidarité. On parle d’“imagination au pouvoir”. À l’extérieur, on soutient les “Lip”. Le 24 mai, 5 000 personnes défilent à Besançon, le maire en tête. C’est la plus grande manifestation depuis Mai 68. Le mouvement se terminera durant l’été, Lip trouvera un repreneur puis les salariés réoccuperont l’usine en 1976. Ce conflit aura marqué une nouvelle forme de contestation, plus constructive.
Qu’en est-il aujourd’hui du mouvement ouvrier ? Y a-t-il encore des luttes ouvrières ? Des grèves ? La crise économique persistante, aggravée en 2008, a considérablement freiné tout progrès social en Europe et dans le monde. Les combats sont épisodiques, parfois très localisés, et sont souvent destinés à résister à la fermeture d’usines. Les ouvrières de Moulinex, les Chausson, les Conti se sont battus ou se battent encore pour sauver leur emploi et leur entreprise. (…) Certains militants s’opposent à la mondialisation libérale. On les appelle les “altermondialistes” car, s’ils contestent l’organisation actuelle de l’économie, ils proposent aussi une autre manière de l’organiser. On trouve dans cette mouvance des paysans, des syndicalistes, des écologistes qui ont un point commun : contester la priorité que donne la mondialisation à la recherche du profit – certains préconisent par exemple une taxation des revenus financiers – et, du coup, remettre l’homme au centre de l’outil de production. Sans qu’il en soit une victime exploitée.