EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON

Gabriel Mouesca : « Non à la violence carcérale »

L’Observatoire des prisons

C’est le sourire de Florence Aubenas, son énergie et son expérience qui remplacent désormais ceux de Gabriel Mouesca à la présidence de l’Observatoire international des prisons, l’OIP : “Nous sommes enfermés en prison, nous aussi, tant que nous estimerons que priver quelqu’un de ses droits et de sa dignité, c’est bon pour la société”, écrit-elle dans le magazine Dedans, dehors. Cette journaliste qui, en 2006, a été retenue cinq mois en otage en Irak, traduit l’un des objectifs majeurs de l’organisation, le respect absolu des droits fondamentaux et des libertés individuelles des personnes incarcérées. C’est le moteur de l’action de l’OIP depuis 1996. “Il nous faut parvenir à provoquer une inversion radicale de la logique de fonctionnement de l’institution pénitentiaire, écrit Gabriel Mouesca. Affirmer que la priorité est dans la réinsertion et non plus dans l’obsession sécuritaire. Que la prison doit être l’ultime recours et non pas, comme c’est le cas actuellement, la réponse quasi systématique à tout acte délictueux. Ainsi, les sanctions non privatives de liberté seront privilégiées et appliquées. Des sanctions qui n’engendrent pas les conséquences détestables que provoque l’incarcération…” Gabriel et Florence sont tous les deux des porte-parole efficaces et chaleureux. Derrière eux, des salariés et des bénévoles traitent des centaines, des milliers de témoignages venus des prisons françaises. Des lettres de familles, des notes, sorties souvent illégalement de détention, signalent les situations de non-droit, les traitements parfois inhumains. Ce matériel permet d’intenter des actions en justice, d’alerter les médias, de briser le silence. Parallèlement, les membres de l’OIP correspondent régulièrement avec les détenus afin de les conseiller, de les soutenir et de les informer de leurs droits. Travail long et décourageant, avec parfois quelques combats gagnés. Ainsi la France a été condamnée en juillet 2009 par la Cour européenne de justice pour mauvais traitements envers un détenu. L’OIP veille et son indépendance totale, financière et politique, est un atout qui lui permet d’aller jusqu’à prôner l’abolition de la prison pour la majorité des délits. “C’est un objectif qui ne tient pas de l’utopie, explique Gabriel Mouesca. Être abolitionniste, c’est lutter contre toutes les prisons. (…) L’abolitionnisme existe depuis que la prison existe. Ce courant politique est pour moi un courant d’avenir, il représente la victoire de la vie sur la mort, la victoire de la civilisation sur la barbarie. Quand je vois qu’on enferme même des mineurs de treize ans ! Ces enfants ont des problèmes d’éducation, et la vie ne s’apprend pas en prison. Un pays qui décide de construire des prisons pour les enfants, c’est une société qui crève !” (…)

Guy, Véronique, Christiane et les autres…

En prison, la souffrance physique et morale est inscrite dans l’épaisseur des murs tout comme la peur, le désespoir et la solitude. Au parloir, à l’infirmerie ou parfois au moment du culte, ces douleurs débordent et des hommes et des femmes sont là pour les contenir et les écouter. Ils tentent, souvent en vain, d’apporter ce petit supplément d’humanité qui manque si cruellement. Ils sont souvent anonymes, rémunérés pour ce travail.
Assistante sociale, infirmière ou médecin, curé ou imam, ils soignent le corps ou l’âme avec le peu de moyens dont ils disposent. Ce sont des professionnels, mais aussi des citoyens. Certains ont pris la plume et des risques. Ils se sont engagés pour témoigner de l’inhumanité et de la détresse. (…) Mais la politique de réinsertion à la sortie de la prison demeure insuffisante après des années d’enfermement. Derrière les murs de l’institution pénitentiaire, les effectifs sont réduits ; les éducateurs compétents, mais souvent usés par l’immensité de la tâche, n’ont que peu à proposer. Certaines associations proposent des ateliers d’écriture, des activités culturelles ou informatiques mais c’est à la discrétion de la direction de l’établissement et très variable selon les régions. Pas de politique globale pour agir massivement sur la préparation des détenus à un retour dans la société. Pourtant tous les exemples montrent à quel point cette question de la réinsertion reste la clef de la lutte contre la récidive.