EUX AUSSI, ILS ONT DIT NON

Rosa Parks : « Non à la discrimination raciale ! »



Discriminer, c’est séparer. La discrimination, écrit le dictionnaire Le Petit Robert, est “le fait de séparer un groupe social des autres en le traitant plus mal”. La discrimination raciale est, elle, fondée sur des critères biologiques. Le groupe dominant – qu’il soit minoritaire ou majoritaire – fait prévaloir ses avantages au nom d’une prétendue supériorité raciale.
Nous assistons alors à un racisme d’État : aux États-Unis et en Afrique du Sud (jusqu’en 1991), il s’est trouvé des gouvernements pour appliquer des politiques d’exclusion de certains groupes sociaux. En Afrique du Sud, ce régime d’exclusion a eu pour nom “apartheid”, mot qui, en afrikaans, la langue des descendants hollandais installés en Afrique à partir du XVIIe siècle, signifie lui aussi “séparation”. (…)
Aux États-Unis, l’abolition de l’esclavage (appelée aussi l’émancipation, 1863) a été aussitôt remplacée par la ségrégation raciale. En 1893, elle a été entérinée par une loi votée par le Congrès, l’équivalent de notre Assemblée nationale. Malgré la lutte des droits civiques entamée par les Noirs à partir de 1900, les États-Unis traînent comme un boulet le “problème noir”, qui est la conséquence directe des mauvaises habitudes prises à l’époque de l’esclavage. Ce dernier a sévi pendant trois siècles, on ne saurait éradiquer ses méfaits aussi facilement. (…)

Dans les États du Nord, depuis les années 1930, on trouve des cafés et des clubs “intégrés” (les Noirs y sont admis), ainsi que des transports en commun “déségrégués”. La marche sur Washington, le 28 août 1963, a été organisée pour célébrer le centenaire de l’émancipation des Noirs des États-Unis. À cette occasion, Martin Luther King et les “marcheurs” réclament des pouvoirs fédéraux “le travail et la liberté”. Le million de Noirs et de Blancs qui convergent vers le Washington Monument écrit, en quelque sorte, la future affirmative action. Rosa Parks est assise aux premières places, parmi les invités d’honneur. On commence déjà à l’appeler la “mère des droits civiques” (mother of civils rights). C’est à cette occasion que Martin Luther King prononce son discours devenu fameux : “I have a dream”. La lutte pour les droits civiques a enfin atteint sa pleine légitimité. Le président John F. Kennedy recevra les chefs de la manifestation et, quatre mois plus tard, il sera assassiné dans une ville du Sud, à Dallas. L’un des objectifs de la marche sur Washington est réalisé l’année suivante, quand le président Lyndon Johnson, successeur de Kennedy, signe en 1964 le Civil Right Act. Les Noirs américains disposent enfin des recours légaux contre la discrimination à l’embauche. L’assassinat de Martin Luther King, à l’âge de trente-neuf ans, le 4 avril 1968, à Memphis, où il était venu soutenir la grève des éboueurs noirs qui marchaient avec des pancartes où il était inscrit “I AM A MAN”, est l’acte le plus attentatoire que le monde blanc ait jamais perpétré contre les Noirs. Rappelons que les actions du pasteur lui avaient valu le prix Nobel de la paix en 1964.

Rosa Parks s’est éteinte le 24 octobre 2005 à Detroit (Michigan), à l’âge de quatre-vingt-douze ans. En 1999, le magazine Time l’avait comptée au nombre des vingt grandes personnalités du XXe siècle. Martin Luther King et elle sont les rares sommités à être décorées de la médaille d’or du Congrès.